
Des écrivaines majoritaires dans un festival littéraire : le fait est assez rare pour être signalé. Isaure Hiace, journaliste à l’hebdomadaire La Croix du 9 septembre 2026 relève l’exception :
« Le Livre sur la place, à Nancy, dont La Croix est partenaire, se tiendra du 11 au 13 septembre. Un rendez-vous incontournable de la rentrée qui réunira cette année une majorité d’écrivaines – 137, pour 132 écrivains. L’occasion de s’interroger sur l’évolution de la place des femmes en littérature. Combien de femmes écrivent aujourd’hui ? Pour une réponse précise, il faut éplucher l’Observatoire du dépôt légal, recueil de statistiques sur la production éditoriale nationale élaboré par la BNF à partir de l’ensemble des livres enregistrés sur une année. »
Le genre littéraire reste discriminant
Sylvie Colombani, adjointe au directeur du département du dépôt légal de l’institution, constate : « En littérature, elles sont de plus en plus présentes comme autrices de romans, passant de 49 % en 2022 à 53 % en 2025, et d’ouvrages de poésie, où on passe de 36 % à 41 %. En revanche, elles sont encore très minoritaires comme autrices de théâtre et d’essais littéraires. »
Isaure Hiace poursuit son enquête ; le genre littéraire apparait en effet comme un critère décisif dans la représentation des femmes au sein du champ littéraire :
« Pendant longtemps, elles se sont interdit d’écrire parce qu’elles ont intériorisé le fait que ce n’était pas leur place dans la société, ou elles ne le pouvaient pas, faute de temps, rappelle Hélène Maurel, professeure émérite de littérature à l’université de Tours. Il y en a tout de même qui ont écrit, mais dans des genres littéraires alors méprisés par les hommes. »
Comme les journaux ou les ouvrages pour la jeunesse, à l’image de la comtesse de Ségur, ou les correspondances, à l’image de Madame de Sévigné.

Un système éditorial encore défavorable aux femmes
« Il y a eu une accélération depuis le mouvement #MeToo ; la situation est bien meilleure aujourd’hui, ajoute Hélène Maurel. Mais on ne peut pas parler d’écrivaines sans parler des éditeurs, des aides à la création et des prix littéraires. Et là, des discriminations subsistent. » (La Croix, 2026)
Là se joue en effet l’avenir des écrivaines. Le rapport 2022 du Syndicat National du Livre indique que 70 % des salariés des maisons d’édition sont des femmes ; cependant, les postes de direction sont occupés par 20 % des femmes seulement. Les décisions concernant les rémunérations, les stratégies commerciales et la visibilité des écrivaines sont donc majoritairement entre les mains des hommes.
Le dernier rapport de l’Observatoire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication confirme ces inégalités endémiques :
« Ces inégalités des rémunérations ne se limitent pas au champ de la création pure, puisque les directrices de collection sont également lésées. Elles gagnent ainsi un revenu moyen de 8500 €, pour un revenu médian de 1100 €, contre 14.700 € et 3000 € du côté des directeurs de collection.
Relevons que la présence des femmes à la direction des 100 plus grandes entreprises culturelles en France reste très faible, autour de 17 %. Le livre ne fait pas exception, avec, au 1er janvier 2026, 2 femmes seulement à la direction des 10 entreprises du secteur ayant le chiffre d’affaires le plus important en 2023. »
Selon le même rapport, l’aide à la création est aussi un critère majeur de valorisation des écrivains par rapport à leurs homologues femmes :

« En 2025, 59 % des 1356 demandes d’aides sont émises par des femmes, qui représentent également 59 % des aides attribuées et perçoivent 53 % du montant global alloué (qui s’élève à 4,6 millions €). Le montant moyen par aide allouée reste cependant très défavorable aux autrices, puisqu’il atteint 4822 € pour ses dernières, contre 6292 € pour les auteurs (23 % de différence).
Cette inégalité des montants alloués se retrouve dans tous les domaines éditoriaux soutenus par le CNL. Elle reste phénoménale dans le champ des sciences de la vie et de la matière, où les sommes moyennes accordées aux hommes sont supérieures de 80 % à celles des femmes. Elle est aussi conséquente pour les arts (27 %), la poésie (23 %), la littérature jeunesse (19 %) et le théâtre (18 %). »
Des avancées, quand même…

Le système lui-même est donc encore assez verrouillé, malgré une évolution significative qui laisse espérer une poursuite des avancées. Un signe positif : le fait que, pour la première fois, l’Observatoire de l’égalité entre les femmes et les hommes dans la culture et la communication fournisse une étude aussi précise des revenus des artistes-auteurs.