
Un nouveau portrait de femme rayée des histoires littéraires vient d’entrer dans notre galerie d’écrivaines oubliées. En 1747, elle publie un roman épistolaire Lettres d’une Péruvienne qui la projette sur le devant de la scène littéraire. Pourtant, parce qu’elle est femme, elle préfère demeurer anonyme. N’empêche, chacun reconnait dans cette œuvre audacieuse son regard aiguisé sur nos sociétés occidentales.
Elle fait preuve d’autant d’humour et d’esprit critique que son prédécesseur Montesquieu dans les Lettres Persanes publiées en 1721. Dans ce nouveau roman par lettres, ce ne sont plus deux hommes, Usbek et Rika, qui écrivent à leurs compatriotes mais une femme, Zilia. Ses analyses sur l’éducation des femmes et leur place dans la société y occupent en conséquence une place plus prépondérante.
Vous découvrirez dans notre portrait de cette écrivaine oubliée les traits les plus marquants de sa vie : libérée par une décision de justice d’un mari violent, elle ose rester célibataire et elle se lance dans une carrière d’écrivaine pour survivre.
Vous trouverez aussi des liens vers son œuvre en partie numérisée sur Gallica, ainsi qu’une analyse de ses Lettres péruviennes sur France culture. Pourquoi cette soudaine célébration de Françoise de Graffigny ? La voici cette année 2026 au programme du baccalauréat. Il faut saluer cette initiative remarquable. Les élèves commencent en effet à découvrir que l’histoire littéraire des manuels en cours ne reflète pas la réalité de la création littéraire essentiellement représentée par des hommes.
LETTRE DIX-HUITIEME.
Au même.
Procédés des Espagnols à l’égard de leurs femmes.
De tout ce qui frappe mes yeux étonnés , Kanhuiscap , rien ne me surprend davantage que la manière dont les Espagnols se comportent avec leurs femmes. Le soin particulier qu’ils ont de les cacher sous d’immenses draperies , me ferait presque croire qu’ils en sont plutôt les ravisseurs que les époux. Quel autre intérêt pourrait les animer, si ce n’est la crainte que de justes possesseurs ne revendiquent un bien qui leur a été ravi ; quelle honte trouvent-ils à se parer des dons de l’amour ?