L’effet Matilda appliqué aux écrivaines

Matilda Joslyn Gage (1826-1898)
Matilda Joslyn Gage (1826-1898)

« L’effet Matilda » est jusqu’à présent appliqué aux femmes scientifiques dont les travaux ont été minimisés, occultés ou attribués à des hommes. Il faut reprendre ce concept dans le domaine des sciences humaines et en particulier en littérature.

En effet, il décrit exactement le phénomène d’invisibilisation des femmes dans l’histoire littéraire.

C’est Margaret W. Rossiter, historienne des sciences, qui fonde en 1993 ce concept d’effet Matilda. Elle s’est inspirée de l’effet Matthieu inventé par Robert King Merton dans les années 60. Ce sociologue fait ainsi référence à un verset de l’évangile selon Matthieu 13 :12 : “Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a.” On dit aussi, plus prosaïquement : « L’eau va à la rivière ». Ce qui importe, c’est de dénoncer la tendance à attribuer les mérites aux individus ou aux institutions les plus prestigieuses. L’effet de ciseau s’accentue et discrédite progressivement, en les décourageant, ceux qui restent ainsi de plus en plus dans l’ombre.

Margaret W. Rossiter, inventrice de « l’effet Matilda »

L’innovation de Margaret W. Rossiter a consisté à montrer que l’effet Matthieu se démultiplie quand il s’applique aux femmes scientifiques.
Elle baptise ce nouveau concept du nom de Matilda, en hommage à Matilda Joslyn Gage, essayiste féministe américaine du 19e siècle. Cette militante avait déjà remarqué que les recherches des femmes profitaient le plus souvent aux hommes avec qui elles collaboraient.

Margaret W. Rossiter
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« Dans un texte de 1993, traduit en français par Irène Jami en 2003, Rossiter donne plusieurs exemples de contributions féminines attribuées à des hommes. Mais elle met surtout en évidence des mécanismes récurrents dans l’attribution du crédit et du prestige dans le champ scientifique. » (« Margaret W. Rossiter et l’histoire des femmes scientifiques américaines », par Béatrice Cherrier et Cléo Chassonnery-Zaïgouche, in Varia, Zilsel, 2021/1 n° 8, Éditions du Croquantdans, p. 384-389).

Avant même d’avoir trouvé la formule « effet Matilda », Rossiter avait entrepris dès les années 70 une étude approfondie sur les transformations du statut des femmes dans les sciences.

Et dès 1984 jusqu’en 2012, elle publie une trilogie remarquable, intitulée Women Scientists in America (Baltimore, Johns Hopkins University Press, 1975, 1982, 1995). A partir d’archives, elle parvient à décrypter les racines culturelles et institutionnelles de l’invisibilité des femmes scientifiques.

Deux émissions de France culture ont récemment apporté un éclairage sur ce phénomène. « Carnets de santé », le 20 décembre 2025, expliquait : « L’effet Matilda, c’est le déni ou la minimisation des contributions des femmes scientifiques à la recherche. » Et « Sciences« , le 14 août 2018, évoquait « L’effet Matilda, ou les découvertes oubliées des femmes scientifiques ».

En littérature, saisissons-nous de cette réflexion de Rossiter sur le déséquilibre lié au genre dans le domaine de la recherche. Appliquons-le désormais aux écrivaines.
La recherche et la création littéraires sont déterminées par les mêmes mécanismes d’invisibilisation.

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